HAPPENING, June 2015

Aucun retard ne sera toléré 

La biennale d’aujourd’hui a-t-elle besoin de renouveau ? Les artistes sont-ils tout simplement privés d’une plate-forme adéquate pour créer ? Thierry Geoffroy / Colonel et Tijana Miskovic, autour de la Biennale ultracontemporaine..

Thierry Geoffroy / Colonel et la curatrice Tijana Miskovic proposent une alternative à la « biennale » traditionnelle, du jamais vu depuis l’organisation de documenta 5 par Harald Szeemann en 1972 où sa novatrice « méga-exposition » avait redéfini le hic et nunc (ici et maintenant) dans un projet live de 100 jours. Happening s’est entretenu avec les organisateurs au sujet de leur projet novateur prévu à Copenhague : une nouvelle espèce de biennale pour réaffirmer le « maintenant » et l’actualité mondiale, réalisée par l’artiste franco-danois Thierry Geoffroy et par la curatrice danoise Tijana Miskovic, qui prendra la forme d’une Biennale Ultracontemporaine en septembre 2017.

« Nous avons choisi d’appeler cette biennale « ultracontemporaine » pour remettre en question le terme “contemporain” qui, bien souvent, ne parvient pas à être véritablement ancré dans le ‘présent », affirme Thierry Geoffroy à Copenhague.

 

 

 

La biennale approche à grand pas. Votre projet a-t-il généré beaucoup d’intérêt ?

Tijana Miskovic : Nous avons beaucoup voyagé pour présenter notre idée au Danemark et à l’international. Nous recherchons des partenaires qui pourront nous aider à réaliser la biennale en 2017. C’est notre objectif du moment. Mais nous avons encore le temps d’ici 2017.

Thierry Geoffroy : Mais les artistes ne sont pas prêts à travailler comme on le souhaiterait. C’est donc important qu’ils soient préparés avant la biennale. C’est un peu comme en sport ; vous ne pouvez pas courir un marathon sans vous entraîner des mois à l’avance. C’est le même principe pour la biennale, il faut un entraînement.

Est-ce que les artistes vont travailler autour d'une problématique commune ? 

TM : Il y a une part d’inconnu, on ne sait pas ce qui va se passer en 2017. Avant la biennale, on fera interagir différentes institutions et conservateurs invités, afin qu’ils parlent des thèmes majeurs abordés par les artistes. C’est cette part d’inconnu qui définira la biennale.

TG : Peut-être que le Danemark sera en guerre, peut-être que le changement climatique aura fait disparaître les Maldives… Le sujet, c’est le « présent ». Mais nous ignorons de quoi ce présent sera fait.

Y aura-t-il des contraintes pour les artistes, en termes de sujet ?

TG : Il y aura des contraintes, mais pas sur le sujet en lui-même, sur la ponctualité. Par exemple, si on prend le cas des « emergency rooms », l’artiste devra exposer à midi. S’il a une minute de retard, son travail ne sera pas présenté.

Les réseaux sociaux devraient rendre votre biennale encore plus ultracontemporaine...

TG : C’est vrai. Comment faire en sorte que les artistes travaillent au même rythme que les réseaux sociaux ? On peut tweeter une phrase, mais un artiste n’utilise pas forcément des mots. S’il crée une image ou une vidéo, comment peut-il la montrer ? On peut publier la photo d’une sculpture sur twitter, mais c’est aussi bien de la voir en vrai.

TM : On explore aussi les relations entre médias et art. En allant au Parlement, en parlant avec la chaîne nationale — dont l’audimat atteint parfois 25 % de la population — on s’est dit que ce n’était pas seulement aux artistes de réagir à ce qu’ils lisaient dans les journaux. Peut-être que les artistes peuvent précéder les journalistes dans leurs découvertes. On ne cherche pas à imiter le fonctionnement des médias, on veut aller aussi vite qu’eux, essayer d’obtenir la même visibilité et peut-être présenter nous-mêmes les problèmes aux journalistes. C’est une autre manière de rapporter la réalité et de créer une nouvelle catégorie entre artistes et journalistes.

Si l’art contemporain est dépassé aussitôt qu’il est créé, est-ce la faute des artistes ?

TG : Nous ne cherchons pas à accabler l’artiste, mais la structure. Par exemple, la dernière Documenta avait pour thème la guerre et le conflit : les artistes ont été voir les camps de concentration près de Kassel pour réfléchir sur la Seconde guerre mondiale. Beaucoup d’entre eux ont été amenés aux camps par le train. Actuellement, Kassel produit beaucoup d’armes, et ces armes sont aussi acheminées par le train. Les hommes pleurent sur leurs crimes passés, mais en même temps, ils envoient des tanks tuer des manifestants dans le présent. On tue peut-être des manifestants en Arabie Saoudite, au Qatar ou au Bahreïn, par exemple, avec des tanks fabriqués à Kassel. Les artistes s’expriment sur les guerres passées et au même moment, les usines produisent des armes Mais c’était à cause de la structure de l’événement, les artistes n’ont fait que se soumettre à cette structure.

TM : La dimension historique n'est pas critiquée, mais le problème c'est que l'on passe sous silence une partie importante du problème, parce qu'on ne prend pas en compte les conflits actuels

TG : L’artiste produit pour une plate-forme. Si l’artiste veut s’exprimer aujourd’hui sur ce qui se passe actuellement, on peut lui fournir une plate-forme pour le faire. Le problème, ce n’est pas l’artiste, c’est la plate-forme.

What is happening next?

TG : On va aller voir d’autres biennales pour les examiner de près et commencer à mettre en marche l’entraînement pour notre biennale. On a déjà ouvert des espaces d’exposition à Copenhague. Par exemple, on travaille en ce moment même avec un festival techno. On a aussi commencé à faire collaborer des artistes et des journalistes sur des projets de recherche. En avril, nous allons ouvrir une Academy of Emergency art  pour travailler dans L’ULTRACONTEMPORAIN.


A new model for the biennale

Has the format of contemporary biennale lost its way, or are artists simply not provided a correct platform to produce their art? We see how the Ultracontemporary format is developing in Copenhagen with Thierry Geoffroy / Colonel and Tijana Miskovic.

Thierry Geoffroy / Colonel and curator Tijana Miskovic are rewriting the predisposition of the traditional “biennale”, unheard of since Harald Szeemann’s curatorship of documenta 5 in 1972 where his “breakthrough mega-exhibition” redefined the hic et nunc (“here and now”) in the 100-day live project.  Happening spoke with the organizers to discuss their innovative project in motion in Copenhagen: a new breed of biennale to establish the “now” and the happenings in the world, realized by Danish-French artist Thierry Geoffroy and curator Tijana Miskovic, taking the form of the Ultracontemporary Biennale in September 2017.

“This biennale should have the name ultracontemporary, let’s say, in reaction to the contemporary that is not contemporary of the now" Thierry Geoffroy in Copenhagen

The date is fast approaching. Do you have many interested parties for the biennale?

Tijana Miskovic: We currently have a lot of international activities, travelling and presenting the ultra contemporary idea, across the globe and in Denmark. We are looking for concrete partners who can help us realize the biennale in 2017. In that way we are still growing. But since it's in 2017 we still have some time.

Thierry Geoffroy: The artists here though cannot be ready to work in this “ultracontemporary” way. So it’s important that when we launch the biennale they are already trained. It’s a bit like sport, you don’t do a marathon unprepared, you train for a few months before. So it’s the same principle here, we have to warm up.  

 Will artists focus on the same issues?

TM: There is a layer of unpredictability, as we don’t know what is going to happen in 2017. Before the biennial we will have different institutions and guest curators, and they will discuss the overall themes or ways the artists will express themselves. The unpredictable element will be the reality around the biennale.

TG: Maybe Denmark will be at war, maybe climate change will have made the Maldives disappear.. The now is the subject. But details of the now we don’t know.

Will there be any rules for the artists, in terms of subject matter?

TG: There are rules actually, but the rules are not about the subject, they are about punctuality. For example at the format emergency rooms, the artist must come to exhibit at 12 o clock. If the artist is one minute late, they are not part of the show.

Social media has developed a lot and will facilitate your project, if there's a delay in social media it won’t be so ultracontemporary anymore?

TG: How can artists work at the same tempo as social media? You can tweet a sentence, but what if an artist doesn't use words, if he creates an image or a video, then how do we show it? You can show an image of a sculpture on twitter but it's not the same as really seeing it. 

TM: We are also investigating the field between media and art. By going to parliament, being in dialect with national TV - where we can reach 25% of the population the same day - it's not only about artists reacting to what is in the newspaper. It's also the other way around, maybe artists can be the ones spotting things before journalists. It’s not about imitating the way media works, but it is about recreating the same speed, having the chance to enter the same visibility and maybe be the ones presenting the problems the journalists. It’s another way of reporting about reality, a new category between artists and journalists. 

According to you, contemporary art is out of date as soon as it is made, is this to do with the artists?

TG: Our aim is not to attack the artist, it is to attack the structure. For example, the latest Documenta theme was war and conflict, they took artists to visit the concentration camps around Kassel, to produce work about the Second World War. A lot of these people were taken to the camp via the train station. Kassel actually produces a lot of weapons, and these weapons are also sent via the same train station. So while people are mourning historical murder, tanks are being sent to go and kill protesters in Saudi Arabia, Qatar or Bahrain, these people are being killed by tanks made in Kassel. And so artists were off creating artwork about past wars and all the while these weapons are being created in such close proximity. But that is the fault of the structure, and the artists were following that structure.

TM: The historic content is not in itself being criticized, its the fact that it glosses over an important part of the theme of war and conflict, given that today’s conflicts are not accounted for.

TG: The artist produces for the platform. If an artist wants to focus on what is happening today, we can provide the platform to do it. Right now this kind of platform exists for artists on the internet or graffiti artists.

What is happening next?

TG: We are planning on attending other biennales to try and challenge them, from there we will start the warm up process. We have already opened some exhibition spaces in Copenhagen. We’re also teaming up with a techno festival at the moment as well as starting to match artists with journalists to create investigative work. In April we will open an Academy of Emergency art to teach and train artists to work ULTRACONTEMPORARY.